{"id":961,"date":"2013-12-23T14:48:34","date_gmt":"2013-12-23T13:48:34","guid":{"rendered":"http:\/\/lazyjack.fr\/?p=961"},"modified":"2013-12-23T14:48:34","modified_gmt":"2013-12-23T13:48:34","slug":"manuel-de-la-voile-pour-les-nuls","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lazyjack.fr\/?p=961","title":{"rendered":"Manuel de la voile pour les nuls"},"content":{"rendered":"<p>par <em> Estelle et Anais <\/em><\/p>\n<div align=\"justify\">\n<p>Voil\u00e0 plusieurs enseignements que cette travers\u00e9e nous a permis d\u2019acqu\u00e9rir. Si vous mettez un jour les pieds sur un voilier, ces quelques le\u00e7ons vous permettront d\u2019arriver un minimum arm\u00e9.<\/p>\n<p><strong>1. Un vocabulaire sp\u00e9cifique<\/strong><br \/>\nLorsqu\u2019on monte sur un bateau pour la premi\u00e8re fois, on se retrouve assailli sous un charabia incompr\u00e9hensible qui fait peur. Bastaque, halebas, bordure, frein de b\u00f4me, b\u00f4me, drisse, \u00e9tai, bosse, cockpit, gaffe, hauban, winch, \u00e9coute, pare-battage, guindant etc\u2026 Si on ne s\u2019est pas un minimum renseign\u00e9 avant, on se retrouve vite sous l\u2019eau. Il serait bien trop long de donner ici toutes ces d\u00e9finitions, des bouquins entiers \u00e9tant consacr\u00e9s au parler marin. Pour d\u00e9buter, retenez donc simplement que l\u2019ensemble des \u00ab cordes \u00bb sont appel\u00e9s des bouts, le cockpit est le petit salon ext\u00e9rieur d\u2019o\u00f9 l\u2019on man\u0153uvre le bateau et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel tout le monde se r\u00e9fugie lorsque le vent forcit, les winchs sont les petits boitiers circulaires autour desquels on enroule les bouts afin de les \u00e9tarquer (tirer) et la b\u00f4me est l\u2019armature m\u00e9tallique qui permet de tendre la voile \u00e0 l\u2019horizontale, \u00e0 fuir au moment des virements de bord car un co\u00fbt de t\u00eate est vite arriv\u00e9. Pour le reste, rien ne vaut la pratique!<\/p>\n<p><strong>2. Un nouvel \u00e9quilibre<\/strong><br \/>\nSur un bateau, sous la force des vagues et de la g\u00eete, notre corps est en constante recherche d\u2019\u00e9quilibre. Les marins disent m\u00eame qu\u2019on ne peut pas prendre du poids pendant une croisi\u00e8re en bateau car on a beau manger beaucoup, l\u2019effort que le corps doit d\u00e9ployer en permanence pour trouver son \u00e9quilibre suffit largement \u00e0 \u00e9liminer les calories ingurgit\u00e9es. Mythe ou r\u00e9alit\u00e9? On vous le dira \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Quoi qu\u2019il en soit, si on s\u2019habitue \u00e0 \u00eatre ballot\u00e9 en permanence, il faut toujours rester vigilant, et apprendre \u00e0 vivre \u00e0 une main, l\u2019autre main devant rester pr\u00eate \u00e0 s\u2019agripper en cas de mouvement brusque. Une certaine \u00e9quipi\u00e8re peu aguerrie s\u2019est retrouv\u00e9e br\u00fbl\u00e9e au premier degr\u00e9 d\u00e8s le premier soir, en cherchant \u00e0 apporter deux tasses de th\u00e9 dans le cockpit, une dans chaque main. Un m\u00e8tre plus tard, tout \u00e9tait par terre et ses mains s\u2019en souvenaient. Sur un bateau, les r\u00e8gles ne sont pas impos\u00e9es au hasard.<\/p>\n<p><strong>3. Un soleil traitre<\/strong><br \/>\nLorsque l\u2019on fait de la voile, il faut constamment se m\u00e9fier du soleil, particuli\u00e8rement agressif et traitre. En effet, les rayons du soleil, comme au ski sur la neige, viennent se r\u00e9verb\u00e9rer sur la mer ce qui les rend beaucoup plus violent. Par ailleurs, le bateau \u00e9tant constamment en mouvement, on sent toujours un l\u00e9ger vent qui vient nous rafraichir et qui peut vite nous faire oublier qu\u2019on est en train de cramer. Les deux moussaillonnes Estelle et Ana\u00efs toujours partantes pour peaufiner leur bronzage sur le pont se sont faites avoir \u00e0 plusieurs reprises. Ce genre d\u2019insouciance ne pardonne pas et se fait rapidement sentir au niveau du cr\u00e2ne quand l\u2019insolation pointe son nez, surtout pendant une travers\u00e9e de l\u2019atlantique o\u00f9 on traverse l\u2019\u00e9quateur, quand m\u00eame!<\/p>\n<p><strong>4. Les voiles principales<\/strong><br \/>\nUn voilier poss\u00e8de deux voiles principales. La grand-voile tout d\u2019abord, sagement rang\u00e9e le long de la b\u00f4me dans son Lazy Jack lorsque le bateau est \u00e0 l\u2019arr\u00eat, se hisse gr\u00e2ce \u00e0 la drisse et se borde ou se choque \u00e0 l\u2019aide de l\u2019\u00e9coute de grand-voile. C\u2019est la voile principale du bateau et la premi\u00e8re \u00e0 hisser lorsque les premi\u00e8res pointes de vent se manifestent. Le foc est la principale voile d\u2019avant du bateau, et la seule, en tous cas sur les petits voiliers, qui est sortie de fa\u00e7on permanente. En position repos, le foc est enroul\u00e9 autour de l\u2019\u00e9tai, un fil en acier qui relie le haut du mat \u00e0 l\u2019avant du bateau. On le d\u00e9plie en \u00e9tarquant l\u2019\u00e9coute de foc et lorsqu\u2019on vire de bord, on tire la contre-\u00e9coute et on l\u00e2che l\u2019\u00e9coute. Enfin, le foc se replie \u00e0 l\u2019aide d\u2019un syst\u00e8me d\u2019enrouleur en bas de l\u2019\u00e9tai qui s\u2019actionne depuis le cockpit en tirant le bout correspondant, qu\u2019on appelle l\u2019enrouleur de foc.<\/p>\n<p><strong>5. Vent apparent\/vent r\u00e9el<\/strong><br \/>\nIl faut distinguer le vent r\u00e9el, dont la force et la direction sont mesur\u00e9s depuis un point fixe, au vent apparent, qui d\u00e9pend de la vitesse et de la trajectoire du bateau. Le vent apparent est comme son nom le laisse entendre, le vent ressenti par une personne qui se trouve sur le bateau. C\u2019est aussi ce vent que vont recevoir les voiles, et donc celui auquel il faut s\u2019int\u00e9resser pour les man\u0153uvres. Le vent apparent \u00e9tant le vent ressenti du bateau, sa force est sup\u00e9rieure au vent r\u00e9el lorsque le bateau a le vent dans le nez et inferieur au vent r\u00e9el lorsque le bateau avance par vent arri\u00e8re. Quant \u00e0 la direction du vent apparent, elle d\u00e9pend des vitesses du vent r\u00e9el et du bateau ainsi que de l\u2019angle form\u00e9 par la direction du vent r\u00e9el et la trajectoire du bateau.<\/p>\n<p><strong>6. Le r\u00e9glage des voiles <\/strong><br \/>\nDes \u00e9tudes ont montr\u00e9 que le vent exerce une force maximale sur la voile lorsque sa trajectoire forme un angle de 22 degr\u00e9s avec cette derni\u00e8re. Le vent glisse alors de fa\u00e7on laminaire sur la voile ce qui cr\u00e9e une pression \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et une aspiration \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. La formation d\u2019un tel angle n\u2019est possible que lorsque le vent apparent si situe entre 35 et 90 degr\u00e9s, car au-del\u00e0, les voiles ne peuvent plus \u00eatre suffisamment l\u00e2ch\u00e9es. A l\u2019int\u00e9rieur de cette fourchette, un autre \u00e9l\u00e9ment doit \u00eatre pris en compte. Le vent pousse toujours les voiles selon une trajectoire perpendiculaire \u00e0 elles. Cette trajectoire peut \u00eatre divis\u00e9e en deux composantes : une composante dans l\u2019axe du bateau qui va le faire avancer dans la direction d\u00e9sir\u00e9e, et une composante perpendiculaire au bateau qui engendre de la d\u00e9rive. Lorsque le vent est entre 35 et 45 degr\u00e9s, ce qu\u2019on appelle \u00ab au pr\u00e8s serr\u00e9 \u00bb, le foc et la grand-voile sont bord\u00e9s de fa\u00e7on tr\u00e8s serr\u00e9e le long du bateau, la composante avant est donc faible par rapport \u00e0 la composante d\u00e9rive et le bateau, soumis alors \u00e0 une pouss\u00e9e lat\u00e9rale forte, va giter et avancer de travers. Plus le vent vient de c\u00f4t\u00e9, plus il faut ouvrir les voiles. La composante avant va alors de plus en plus s\u2019imposer sur la composante d\u00e9rive, jusqu\u2019\u00e0 90 degr\u00e9s, au largue, ou l\u2019on atteint la configuration la plus efficiente, qui b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 la fois d\u2019un effet laminaire sur les voiles et d\u2019une composante avant forte. Au-del\u00e0 de 90 degr\u00e9s, l\u2019effet sur les voiles n\u2019est plus laminaire mais turbulent ce qui est moins efficace. En revanche, la trajectoire de pouss\u00e9e du bateau devient utile \u00e0 100 % en perdant la composante d\u00e9rive. Il faut alors ouvrir les voiles pour maximiser la surface expos\u00e9e au vent, ce qui fonctionne jusqu\u2019\u00e0 environ 150 degr\u00e9s. Au-del\u00e0, les voiles sont moins efficaces et la b\u00f4me risque de passer brutalement d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre (empannage). A moins d\u2019avoir des voiles d\u2019appoint (et encore) ou de s\u2019appeler Roger, ce qu\u2019on vous conseille nous c\u2019est de changer de trajectoire ou de mettre le moteur.<\/p>\n<p><strong>7. Les voiles d\u2019appoint<\/strong><br \/>\nPlusieurs voiles annexes peuvent \u00eatre ajout\u00e9es aux deux voiles principales. La trinquette est similaire au foc dans son utilisation, mais elle est plus petite et s\u2019enroule autour d\u2019un \u00e9tai qui relie un point du mat (pas tout \u00e0 fait le sommet) au pont avant. On la trouve sur les bateaux d\u2019une certaine taille, et \u00e9tant moins grande et compos\u00e9e d\u2019une toile plus solide et plus lourde que la toile du foc, on l\u2019utilise en substitution de ce dernier lorsque le vent forcit de mani\u00e8re importante. Le genaker est une voile d\u2019appoint que l\u2019on ajoute en la hissant \u00e0 l\u2019aide de la drisse de genaker jusqu\u2019en haut du mat. L\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 est tenue \u00e0 l\u2019avant du pont par un emmagasineur qui permet d\u2019enrouler la voile sur elle-m\u00eame, \u00e9conomisant par ce biais un \u00e9tai. Voile plut\u00f4t l\u00e9g\u00e8re, elle s\u2019utilise par un vent faible, d\u2019angle apparent entre 70 et 120\u00b0. Enfin, le spi est une grande voile d\u2019avant triangulaire, magnifique lorsqu\u2019elle est d\u00e9ploy\u00e9e mais particuli\u00e8rement compliqu\u00e9e \u00e0 hisser et \u00e0 man\u0153uvrer car elle n\u2019est tenue que par ses trois angles. Elle est donc plut\u00f4t l\u2019artifice de marins exp\u00e9riment\u00e9s, qui, \u00e0 l\u2019image d\u2019autres configurations de voiles instables comme le c\u00e9l\u00e8bre papillon, s\u2019\u00e9merveillent de la voir d\u00e9ploy\u00e9e lorsque, enfin, \u00e7a marche!!!<\/p>\n<p><strong>8. La prise de ris<\/strong><br \/>\nIl est maintenant grand temps de parler un peu s\u00e9curit\u00e9, car un voilier n\u2019est pas un jouet, et lorsque le vent forcit, il faut savoir r\u00e9agir vite si on ne veut pas se retrouver \u00e0 partir au lof ou avec une voile d\u00e9chir\u00e9e. Le moyen le plus classique de s\u00e9curiser son allure lorsque le vent devient trop violent est de prendre un ris. Les ris sont des dispositifs de r\u00e9duction de la grand-voile, qui permettent donc de r\u00e9duire la surface expos\u00e9e au vent et de maitriser son allure. Ils sont au nombre de trois sur la plupart des grand-voiles et se prennent en l\u00e2chant un peu la drisse et en tirant la bosse de ris correspondante. La prise de ris fait souvent l\u2019objet de grands d\u00e9bats entre les membres de l\u2019\u00e9quipage, entre les prudents qui optent pour la s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9coce et ceux qui se croient dans une r\u00e9gate et qui refusent de r\u00e9duire leur vitesse. En moyenne, il est commun de prendre le premier ris \u00e0 18 n\u0153uds de vent apparent, le second vers 24 et le dernier vers 28.<\/p>\n<p><strong>9. Le croisement d\u2019un bateau<\/strong><br \/>\nEnfin pour finir, une grande partie de la transatlantique se passe aussi la nuit pendant les quarts de surveillance. Et pendant un quart, lorsque le vent ne change pas, c\u2019est \u00e0 dire la plupart du temps, il faut bien l\u2019admettre, on s\u2019ennuie. Un seul petit soubresaut d\u2019activit\u00e9 se manifeste lorsque l\u2019on aper\u00e7oit un bateau au loin. Il faut alors \u00eatre vigilant et s\u2019assurer qu\u2019on ne risque pas de le percuter. En haut du mat de chaque bateau s\u2019allument la nuit ses feux de navigation : lumi\u00e8re verte \u00e0 tribord et lumi\u00e8re rouge a b\u00e2bord. Lorsque l\u2019on croise un bateau, si sa lumi\u00e8re verte colle notre verte, ou si sa rouge colle notre rouge, les deux bateaux marchent en sens inverse il n\u2019y a donc aucun risque. En revanche, dans le cas contraire, il y a risque de collision. Il faut alors prendre le compas de rel\u00e8vement et effectuer un rel\u00e8vement a l\u2019\u0153il du bateau toutes les 5 minutes. Si les diff\u00e9rents rel\u00e8vements sont identiques, soit les deux bateaux suivent une trajectoire parfaitement parall\u00e8le a une vitesse exactement identique, ce qui est tr\u00e8s peu probable, soit ils finiront par entrer en collision. Dans ce dernier cas, il faudra donc t\u00f4t ou tard songer \u00e0 modifier son allure ou sa trajectoire.<\/p>\n<p>Avec tout \u00e7a, vous \u00eates d\u00e9sormais arm\u00e9s pour devenir moussaillons d\u2019un voilier et pourquoi pas, traverser l\u2019Atlantique! Il ne vous reste plus qu\u2019\u00e0 trainer quelques jours \u00e0 faire du stop dans la marina de Mindelo ou \u00e0 vous d\u00e9nicher des parents un peu fous qui auraient d\u00e9cid\u00e9 de faire le tour du monde \u00e0 la voile et c\u2019est gagn\u00e9! Alors bon vent!<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Estelle et Anais Voil\u00e0 plusieurs enseignements que cette travers\u00e9e nous a permis d\u2019acqu\u00e9rir. Si vous mettez un jour les pieds sur un voilier, ces quelques le\u00e7ons vous permettront d\u2019arriver un minimum arm\u00e9. 1. 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